Identité Nationale : discours de Nicolas Sarkozy - IIème partie

Publié le par UMP-94 FsB

La France est un pays d’émancipation où chacun aspire à s’élever selon ses talents, ses mérites, son travail, où la femme est libre.

La France est un pays où l’Eglise est séparée de l’État, où les croyances de chacun sont respectées.

Mais la France est un pays où il n’y a pas de place pour la burka, où il n’y a pas de place pour l’asservissement de la femme.

La France est un pays où il n’y a pas de place pour la confusion du spirituel et du temporel.

La France est un pays de tolérance et de respect. Mais elle demande aussi qu’on la respecte.

On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs.

On ne peut pas vouloir bénéficier de la sécurité sociale sans jamais se demander ce que l’on peut faire pour son pays.

On ne peut pas vouloir bénéficier des allocations chômage sans se sentir moralement obligé de tout faire pour retrouver du travail parce que les allocations sont payées par le travail des autres.

On ne peut pas vouloir profiter de la gratuité des études qui est l’une des plus belles conquêtes de la République et ne pas être assidu aux cours, ne pas témoigner de la considération pour ses professeurs, ne pas respecter les bâtiments.

On ne peut pas vouloir tous les avantages de la République si l’on ne respecte aucune de ses lois, aucune de ses valeurs, aucun de ses principes.

Mais pour faire partager un idéal encore faut-il y croire soi-même.

Pour s’ouvrir aux autres, il faut avoir suffisamment confiance en soi, être sûr de ses valeurs, de son modèle.

La France n’a jamais été plus ouverte que lorsqu’elle croyait en elle, en son universalité, en ce qu’elle avait à dire et à donner au monde. Jamais la France ne fut plus fraternelle que lorsqu’elle a cru à la force de ses principes, de sa pensée, de sa langue.

Le creuset français prenait ensemble des fils de paysans, d’ouvriers, d’immigrés et il en faisait un peuple de libres citoyens. Dès lors que la République donnait à chacun le sentiment qu’il avait sa chance, que la promotion sociale dépendait du mérite et du talent, la confiance nourrissait la confiance et la France pouvait s’ouvrir sans se dissoudre, conjuguer sans problème son universalisme et sa singularité.

C’était le temps d’une exception française évidente, assumée, qui ne procédait pas d’un sentiment de supériorité mais de la conscience d’avoir un message particulier à délivrer, un exemple à donner.

D’où vient que la France qui avait triomphé de tant de difficultés au cours de son histoire se soit mise à douter à ce point d’elle-même qu’elle se mette à vivre l’ouverture non plus comme une chance mais comme une menace ?

D’où vient que la République qui avait surmonté tant d’épreuves dont elle était sortie toujours plus forte se soit mise à ce point à ne plus tenir ses promesses ?

D’où vient que le sentiment d’injustice au lieu de se réduire n’ait cessé à ce point de croître ?

D’où vient ce sentiment de partager de moins en moins de culture commune, d’imaginaire commun, de morale commune ?

D’où vient ce sentiment de désintégration sociale et civique ?

Sinon d’une forme de renoncement.

En renonçant à la valeur travail nous avons renoncé au mérite.

En renonçant à demander à l’élève de travailler pour apprendre, en renonçant à lui faire découvrir la joie de la connaissance en récompense du long travail de la pensée.

En renonçant à exiger de l’assisté qu’il fasse tous les efforts qu’il peut pour trouver un emploi. En choisissant la voie des 35 heures nous avons ouvert dans la méritocratie républicaine des brèches morales qui n’ont cessé de s’élargir. Que les choses soient claires, ces renoncements je ne les accepterai jamais. C’est parce que je ne les accepte pas que j’ai voulu qu’à l’école primaire on revienne au savoir, que j’ai voulu instaurer le RSA ou mettre fin aux effets délétères des 35 heures.

En renonçant à l’autorité nous avons pris un risque énorme. En sapant l’autorité du maître sur l’élève nous n’avons pas rendu service à l’élève qui en se prenant pour l’égal du maître n’est même plus conscient de la nécessité d’apprendre. On ne peut pas prétendre forger des âmes de citoyens avec de tels principes.

En sapant l’autorité de la Police on n’a fait qu’encourager les voyous.

En sapant l’autorité de l’État on n’a fait qu’ouvrir le champ libre à de nouvelles féodalités.

Ces renoncements je ne les accepterai jamais ! C’est pourquoi j’ai fait du rétablissement de l’autorité l’une de mes priorités.

En laissant croire que tout se vaut, que toutes les valeurs, tous les comportements, toutes les oeuvres se valent, on a porté un coup très dur à l’idée de civilisation et même à celle de société. Car dans une société, tous les comportements et tous les actes ne se valent pas.

Que reste-t-il de la République si l’on se met à considérer de la même manière le délinquant et la victime, celui qui fait son devoir et celui que ne le fait pas, celui qui fait son travail et celui qui ne fait rien ? Que reste-t-il de la République quand on place sur le même plan l’intérêt particulier et l’intérêt général, le principe d’égalité et le droit à la différence ?

En confondant trop souvent l’égalité avec l’égalitarisme nous avons sapé l’égalité des chances parce qu’en donnant la même chose à tout le monde on a renoncé à corriger les inégalités les plus criantes liées à la naissance, à l’origine, au milieu social dans lequel on est né, au territoire ou au quartier dans lequel on habite. Au bout du compte, l’égalitarisme a renforcé l’injustice au lieu de la réduire.

Ces renoncements je ne les accepterai jamais !

Pour lutter contre l’injustice, il faut donner plus à ceux qui ont moins pour compenser les handicaps du départ. On ne répare pas l’injustice par le nivellement.

C’est pour cela que j’ai souhaité que 95% des Français puissent transmettre à leurs enfants le fruit de leur travail sans droit de succession.

C’est pour cela que j’ai voulu que nul ne puisse se voir prélever plus de la moitié de son revenu en impôt.

C’est pour cela aussi que j’ai voulu que les droits soient les mêmes que l’on ait plus ou moins 25 ans.

Il n’y a pas de raison que les jeunes de moins de 25 ans qui ont travaillé aient moins de droits que les autres simplement parce qu’ils sont jeunes.

En confondant trop souvent la laïcité avec le refus de toutes les religions on n’a pas non plus rendu service à la République. Car la laïcité ce n’est pas le refus de toutes les religions. C’est le respect de toutes les croyances et la neutralité de l’État. Il y a dans le sentiment religieux qui vient du fond des âges quelque chose de profondément respectable. Et ce que nous avons aujourd’hui à construire c’est bien une société où chacun s’efforce de comprendre et de respecter l’autre.

C’est pour cela que seront expulsés tous ceux qui viendront en France pour appeler à la violence et à la haine de l’autre.

La République est au coeur de notre identité nationale. Elle est forcément un rêve inaccompli, un idéal inachevé.

La République, c’est la souveraineté de la Nation.

La République, c’est l’autorité et d’abord l’autorité de l’État.

La République, c’est l’égalité des chances.

La République, c’est le mérite, c’est le travail.

La République, c’est la laïcité.

La République, c’est la compréhension, le respect et la solidarité. C’est la primauté de l’intérêt général sur l’intérêt particulier.

Si l’on ne veut pas de la Nation, de l’autorité, de l’égalité des chances, du mérite, de la laïcité ou de la solidarité, alors on ne veut pas non plus de la République.

La vérité c’est que depuis quelques décennies nous n’aimons plus assez la République et que nous en avons fait le bouc émissaire de tous nos échecs.

Mais si notre modèle d’intégration ne semblait plus fonctionner ce n’était pas parce qu’il y avait trop de République mais parce qu’il n’y en avait plus assez. Ce ne sont pas nos valeurs qui sont en cause, c’est leur oubli et, parfois, leur reniement.

On avait fini par nous faire croire que la République menaçait la démocratie. Mais quelle démocratie pourrions-nous construire dans une société où chacun serait enfermé dans sa communauté, sa bande ou sa tribu ?

Rien n’est moins dangereux pour la démocratie et pour la liberté que la République fut-elle une et indivisible. Depuis deux cents ans à part l’expérience sanglante de la Terreur nul totalitarisme n’a menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme.

Il y a 20 ans tombait le Mur de la honte.

Les valeurs de la démocratie et de la République triomphaient.

Je vois bien depuis à quels excès peut conduire une démocratie d’opinion débridée où les nouveaux moyens de communication s’affichent comme des zones de non-droit. C’est vrai que c’est un problème que nous n’avons pas encore résolu et qui prend une ampleur croissante. C’est un défi pour la démocratie et pour la République. Mais je préfèrerai toujours ce genre d’excès à ce que fut le totalitarisme communiste qui de l’autre côté du rideau de fer faisait peser une chape de plomb sur toutes les consciences.

Dois-je dire aussi que je persiste et je signe s’agissant du droit à la caricature ? Je préfèrerai toujours les excès de la caricature à l’absence de droit à la caricature qui est la marque de tous les régimes totalitaires. Dans l’affaire des caricatures du Prophète j’ai choisi le camp de la liberté d’expression parce que pour moi c’est cela le coeur de l’identité française. Au pays de Voltaire et de Victor Hugo chacun veut penser librement. Le besoin de liberté est en France dans l’air que l’on respire.

Trop de confiance accordée à la raison, trop d’héritage venu des Lumières et de la Chrétienté nous font un antidote efficace au totalitarisme.

Ce que nous appelons notre modèle républicain est-il alors condamné par l’économie, par la mondialisation ? Il est vrai que la République doit être réelle et pas seulement formelle. Quel que soit l’attachement aux grands principes, que valent-ils face à la montée du chômage et de l’exclusion ?

Comment parler de République si au lieu de continuer à trouver sa place dans la société si les études ne permettent pas de trouver un emploi décent, si les sacrifices des parents et les efforts des enfants ne débouchent que sur le chômage ou la précarité ?

Quand le modèle individualiste semblait triompher partout, quand la Finance imposait partout sa logique spéculative, quand l’économie de rente prospérait, notre modèle républicain ancré dans notre histoire nationale pouvait paraître condamné. Il semblait bien que les marchés financiers auraient le dernier mot sur la politique.

La crise a fait éclater le mythe de l’uniformisation inéluctable et de l’avènement d’une civilisation de nomades connectés avec le monde entier mais sans ancrage national.

Les grandes entreprises qui n’avaient plus de nationalité ont trouvé tout de suite à quel État elles devaient s’adresser pour être secourues. Les grandes banques qui étaient internationales quand tout allait bien se sont retrouvées nationales au bord du gouffre. La catastrophe évitée de justesse a fait ressurgir des vérités essentielles. Les entreprises comme les personnes ont un ancrage national.

Personne n’est de nulle part. On peut se sentir citoyen du monde, mais cela ne suffit pas pour être un citoyen à part entière. Ceux qui cherchaient à théoriser l’oubli de la nationalité ne cherchaient pas tant à effacer les frontières qui séparent les peuples qu’à se libérer de toute exigence de solidarité.

La création de valeur pour l’actionnaire servait d’alibi à l’exonération de toute responsabilité morale et sociale. Ne soyons pas naïfs, le but était d’abord d’échapper à ce premier devoir du citoyen qui s’appelle l’impôt.

La fin programmée des paradis fiscaux, la naissance d’une gouvernance mondiale pour lesquelles la France a tant oeuvré, le retour de l’État dans l’économie changent la donne. Mais surtout le citoyen revient sur le devant de la scène. Il exige des comptes. Il ne veut plus se sentir seul au monde face à la toute puissance supposée des marchés. Il exige d’être davantage protégé. Il veut davantage de solidarité, davantage de morale, davantage de démocratie, davantage de politique. Le moment est venu de redécouvrir que l’identité nationale n’est pas un repliement sur soi mais qu’elle peut être un atout dans la compétition mondiale. On n’est jamais concurrentiel en imitant les autres mais en tirant le meilleur parti de soi-même.

Jouer la carte de notre identité nationale, c’est refuser que la France devienne une sorte de grand fond spéculatif cherchant sans cesse à saisir les opportunités du moment, allant et venant sans cesse d’une mode à une autre, n’inscrivant rien dans la durée.

Je ne veux pas d’une France sans usines, sans industries, sans agriculture. La meilleure chance de la France est aux côtés de ses artistes, de ses entrepreneurs, de ses savants, de ses ouvriers , de ses agriculteurs, de ses artisans, de ses ingénieurs avec leur savoir-faire qui viennent de si loin. Ils vont enfanter le monde de demain. Forte de ses valeurs, de sa culture, de ses savoirs, la France peut devenir le laboratoire de l’avenir.

Nous mettre au clair avec nous-mêmes sur ce que nous sommes, sur ce à quoi nous aspirons, sur ce qui nous fait vivre ensemble, ce n’est pas regarder vers le passé mais vers l’avenir.

Demain comme hier nous n’accomplirons de grandes choses que si nous sommes unis, si nous sommes fiers de notre pays, si nous sommes prêts, chacun d’entre nous, à voir en lui une cause qui nous dépasse.

Nous avons beaucoup de leçon à apprendre des autres, beaucoup de choses à changer. Notre pays a besoin de se réformer en profondeur. Je me suis attelé à cette tâche et rien ne m’en détournera. Mais la France n’est pas une page blanche.

« Cher et vieux pays » disait le Général de Gaulle.

Oui, « cher et vieux pays » qui doit se transformer.

« Cher et vieux pays » qui doit accomplir une fois de plus tant de révolutions.

Que deviendrait-il s’il ratait la révolution écologique ?

Que deviendrait son identité si le traitement de toutes ses données numériques ou la numérisation de tous ses livres devaient entièrement lui échapper ?

Que deviendrait son idéal hérité des Lumières si l’école devait échouer à donner à ses enfants les moyens intellectuels et moraux d’exercer librement leur jugement face aux médias de masse et à internet ?

Que deviendrait son modèle d’intégration républicaine s’il ne retrouvait pas la compétitivité qui lui permettrait d’offrir un emploi à chacun ?

Quand je regarde ce drapeau qui s’est couvert de gloire au nom de la liberté sur tous les continents, quand j’entends la Marseillaise chantée avec ferveur, quand je lis les noms inscrits sur les monuments aux morts de nos villages, quand je vois dans l’armée française qui défile magnifiquement le 14 juillet le long travail des siècles, quand je rencontre des ouvriers dans les usines ou quand j’entre sous la coupole de l’Académie, je me sens honoré d’être Français. Etre Français est un honneur. Il nous appartient à tous de le mériter.

C’est de tout cela que je voudrais que nous parlions dans les mois qui viennent. J’ai voulu aujourd’hui vous livrer avec sincérité le fond de ma pensée non pour clore la discussion mais pour y apporter ma contribution.

Il vous appartient maintenant mes chers compatriotes de vous emparer de ce débat pour qu’il soit réellement le vôtre.

Vive la République.

Vive la France.

SEUL LE PRONONCé FAIT FOI

Publié dans Grandes mesures

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