Intervention française en Libye
En ne respectant pas le cessez-le-feu annoncé vendredi et en poursuivant l’offensive sur Benghazi, en faisant la guerre contre son peuple, le colonel Kadhafi a donné toute sa légitimité à l’intervention militaire qui s’exerce dans le cadre de la résolution 1973 adoptée, sous l’impulsion de la France, dans la nuit de jeudi à vendredi 18 mars.
Cette résolution:
- permet la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne et autorise les membres de la Ligue arabe et les Etats membres qui le souhaitent à prendre les mesures nécessaires pour sa mise en œuvre ;
- autorise ces mêmes Etats à prendre, outre la zone d’exclusion aérienne « toutes les mesures nécessaires pour protéger les populations et les territoires » qui sont sous la menace d’une attaque des forces du régime de Kadhafi ;
- prévoit également un embargo sur les armes, la saisine de la Cour pénale internationale et le gel des avoirs des dirigeants libyens.
Après le vote de la résolution 1973, le Président de la République a pu réunir 22 représentants de pays ou d’institutions internationales impliqués dans la crise. Ce sommet a débouché sur l’adoption d’une déclaration tirant les conséquences de la résolution 1973 et annonçant que les participants étaient « déterminés à agir collectivement » par des « contributions différenciées ». Il a été rappelé que « toutes les actions nécessaires, y compris militaires » seraient engagées pour assurer le plein respect des exigences du Conseil de sécurité. L’opération en Libye n’est en aucun cas une « occupation » et les actions seront menées « dans le plein respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Libye ».
Une coalition de 5 armées occidentales(France, GB, USA, Canada, Italie) a commencé à bombarder des objectifs en Libye dès samedi 19 mars (opération Aube de l’odyssée) avec succès. L'opération est actuellement dirigée par les Etats-Unis depuis le quartier général de leur commandement Afrique, basé à Stuttgart. Mais les Etats-Unis entendent passer le commandement dans les jours à venir à un partenaire de la coalition.
Dimanche en fin de matinée, l'amiral Mike Mullen, chef d'état major de l'armée américaine affirmait qu’une zone d'exclusion aérienne avait désormais été instaurée en Libye, que l’essentiel du système de défense anti-aérien libyen avait été détruit et que les frappes aériennes occidentales avaient stoppé l'offensive des forces de Kadhafi sur Benghazi, le fief de l'insurrection.
Le régime libyen a annoncé dimanche soir un nouveau cessez-le-feu, «en respect du communiqué publié par le comité de l'Union africaine samedi à Nouakchott et des résolutions 1970 et 1973 de l'ONU». Mais la Libye avait déjà annoncé vendredi un cessez-le-feu qu'elle n'a pas respecté et il semblerait que les combats se poursuivent effectivement malgré ces annonces.
Les objectifs de la coalition sont clairs : aux Libyens de disposer d’eux-mêmes et de choisir leur régime et leurs dirigeants ! S’il est impossible aujourd’hui de connaître le scénario à l’avance, il n’est pas question d’entrer dans un conflit long. D’ailleurs, la résolution 1973 exclut tout déploiement au sol.
Il ne s’agit en aucun cas de confondre « ingérence humanitaire » telle que validée par l’ONU en 2005 et ingérence simple. La responsabilité de la coalition est avant tout la responsabilité de protéger, même si son objectif est de permettre au peuple libyen de choisir son régime et de construire ses institutions dans un cadre démocratique, ce qui exclut de facto le régime du Colonel Kadhafi.